vendredi 7 septembre 2018

À Albi, le CAPA est sur le pont ...


Pour les Journées Européennes du Patrimoine, n'hésitez pas à nous rejoindre. Nous sommes - une fois n'est pas coutume - sur Albi. Rendez-vous est donné à partir de 10 heures, samedi 15 et dimanche 16 septembre devant l'Office du Tourisme. Toute la journée, nous évoquons la mémoire de certains bâtiments disparus. 

samedi 21 juillet 2018

De moins en moins mystérieuse: la crypte de l'église Saint-Salvi


Des sondages pour mieux connaître Saint-Salvi d'Albi

Le Plo

Autour du XIIe siècle (1) à Albi, une communauté d'une vingtaine de chanoines fait ériger progressivement au-delà des murs de la Cité, une toute nouvelle église afin d'accueillir les reliques d'un saint autochtone de grand renom : Salvi (2).

Les chanoines sont installés sur un plateau surélevé à quelques centaines de mètres des remparts. Le point le plus haut de la ville, c'est le Plo (3) d'Albi. Le lieu est un cimetière. Nous en reparlerons.

Les pentes alentours sont colonisées par des maisons hautes; y grimpent des ruelles sinueuses et étroites comme la ruelle du coustou (4) de Saint-Salvi.

En contrebas, l'activité commerciale est dense. Les “Combes” entre les remparts et le Plo grouillent de vie et d'activités. Elles dominent un quartier plus ancien, celui de La Rivière, au nord, au bord du Tarn.

Juste en face de l'église Sainte-Martiane, les vénérables assumeront des années durant la laus divina. Ils suivent avec plus ou moins de ferveur la règle de saint Augustin. S'agrègent aux chanoines, des vicaires car Saint-Salvi est aussi une paroisse.


Y-a-t-il  eu au préalable sur le Plo un bâtiment différent, moins prestigieux  pour accueillir déjà la petite communauté soudée autour du culte à saint Salvi ? C'est tout à fait probable. Mais rien n'est sûr. Salvi est-il enterré en ces lieux ou bien ailleurs sur le territoire d'origine de la communauté ? Aucune certitude non plus.


En odeur de sainteté

La ferveur des pèlerins est telle que la nouvelle église comptera une crypte. Elle abritera les supposées reliques du saint mobilisées à plusieurs reprises dans l'histoire(5).

Mais d'autres saints font l'objet de vénération à Albi: saint Clair le plus ancien, saint Amarand dans la campagne à l'est(6) et bien sûr sainte Cécile, un peu plus tard.

Les reliques de Saint Salvi attirent les pèlerins, les inhumations aussi.Elles attisent les désirs des Albigeois d'être inhumés à proximité du saint.

Le pouvoir, celui de l'évêque d'Albi, encourage ce genre de pratiques et d'initiatives.

Une crypte déambulatoire

La crypte au Moyen Âge est un bâtiment voûté, situé souvent sous le chevet de l'église. La crypte est dédiée à la préservation et à la vénération des reliques.

Petite de 30 m2 à peine, celle de Saint-Salvi est semi-circulaire creusée dans l'axe sous le maître-autel. Elle ne présente aucun aspect vraiment spectaculaire en architecture.


Vue de l'intérieur de la crypte voûtée en berceau. Aucune source de lumière. Banquette maçonnée sur les côtés avec fresques sur les murs d'appui. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi
Derrière l'autel(aujourd'hui le baldaquin), descendent deux escaliers en pierre d'une dizaine de marches. L'un pour descendre. L'autre pour remonter. Les fidèles peuvent ainsi venir, se croiser et repartir sans bousculade.


Accès à l'intérieur de la crypte par les degrés d'un escalier qui monte jusqu'au Chœur. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi

Quelle forme avait cette crypte avant sa construction? Une salle entourée d'un banc de pierre avec une arête en biseau et au centre les reliques.


Un artiste a peint sur les murs différents motifs: croix fleuronnées rappelant un peu une feuille de persil, cercles et losanges sur un fond uni rouge, le tout dans des bandes horizontales en plaques successives. On donne à la peinture la forme d'un drapé.


État des peintures dégradées par l'humidité. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi

XVIIIe siècle : remodelage des lieux

Avant la Révolution le débat fait rage. La conception et les pratiques de la sainteté sont remises en cause, y compris dans les rang de l'Église d'ailleurs. Dans le camp des admirateurs, face aux sceptiques, il s'agit de légitimer de nouveau, des pratiques de dévotion depuis longtemps mises à mal et critiquées.

Aussi, la crypte est-elle remise au goût du jour à l'initiative du prévôt Antoine de Metge lors de la restauration du maître autel. La grande période des pèlerinages est terminée. Il transforme la crypte en une petite chapelle en y ajoutant probablement un autel et une niche. L'une des questions est de connaître l'exacte teneur des modifications subies par le petit édifice à cette époque.


A-t-il voulu rappeler les pratiques paléochrétiennes à des fins politiques? Cela n'est pas exclu.


2018: une question d'étanchéité

Du temps a passé. La crypte est toujours là mais elle est touchée par l'humidité, l'enduit et les peintures se dégradent. Il est décidé de creuser un drain le long du chevet pour tenter d'assainir le local souterrain. Stopper les infiltrations d'eau devient urgent.


La construction du drain risque d'entraîner des dommages irréversibles au niveau archéologique. Catherine Viers et son équipe de l'INRAP interviennent alors pour évaluer la teneur des sols sur quelques mètres de profondeur.



Deux sondages sont menés à bons termes.



Emplacement du sondage derrière l'abside.

Les différentes couches mises au jour dans leurs épaisseurs respectives. Elle permettent d'élaborer une chronologie relative des lieux. Merci à Rosy pour le cliché.
Le premier, à l'intérieur même de la crypte, pour connaître la nature exacte du sous-sol. Après l'enlèvement  de deux dalles, la pièce s'avéra construite sur des sols sans risque de vestiges: des graves argilo-caillouteuses.

L'autre sondage, à l'extérieur de la collégiale, contre et sous l'abside du XVe siècle, s'avéra plus riche en informations. Une coupe stratigraphique montra la présence sur le Plo de plusieurs couches d'habitats successifs.

Enquête en sous-sol

Le sol enregistre les différents passages et aménagements des hommes depuis des siècles. Une coupe stratigraphique est un peu un livre d'histoire dont il faut bien sûr s'assurer du bon ordre des pages. Quelles sont les parts exactes des remblais, des gravats issus des démolitions de bâtiments ? Où sont les couches ?

Un principe de base, parfois battu en brèche par les aléas de l'histoire: plus on descend, plus c'est vieux. 

Une terre grise épaisse marque surtout la période médiévale. Dans la petite fenêtre du sondage autorisé, furent repérées trois séries d'ossements avec des traces discrètes de cercueil en bois. Un enfant, enfoui en partie sous le mur du chevet et un vieillard d'une soixantaine d'années édenté avec une fracture au bras. Peu d'objets entouraient les corps.
Il est donc délicat de leur donner un contexte précis d'inhumation tant les sépultures connaissent des bouleversements au cours des siècles.

Leçon d'archéologie: si ça remue sur la terre, c'est aussi vrai sous la terre, surtout pour les défunts(squelette) dont les vivants ont peu de scrupule à bouleverser les postures voir les places avec le temps. Les causes sont nombreuses: inondation, réaménagement des lieux, pillage, manque de place(7). 

Pour ne parler que des sarcophages, ceux-ci sont vidés, transférés d'un lieu vers un autre.
Le réemploi visible d'une cuve de sarcophage et de son couvercle(sur deux niveau d'assises)dans un mur à quelques mètres à gauche du portail nord est parlant.

Présence d'un fragment de sarcophage en réemploi à proximité du portail nord de la collégiale. Remarquez les différences de couleur. La cuve parait à l'envers en longueur et le couvercle, dessous, disposé sur un flanc avec  un arrondi ou une sorte de bâtière à droite pour le toit.
Il n'est pas rare qu'ils terminent leurs existences comme abreuvoirs ou bac à fleurs à la surface.

Un rapport réalisé autour de  1860 par Hippolyte Crozes est édifiant à cet égard. 
Lors de l'aménagement de la rue Mariès, il fallut niveler. On décaissa alors le sol sur plusieurs mètres. Au nord de Saint-Salvi, les ouvriers mirent au jour un vaste cimetière. Plutôt devrions nous écrire plusieurs générations de cimetières avec des modes d'inhumation variés:
linceuls dans  des coffres en bois, caveaux collectifs, cercueils de pierre, sarcophages en grès avec logettes céphaliques.

Hélas, comme souvent pour les fouilles des pionniers de l'archéologie le flou de la description, la faible quantité d'objets récupérés ne permettent pas d'écrire véritablement l'histoire du lieu.

Tout juste peut-on de brosser quelques lignes générales sur son évolution à l'échelle d'un temps très long. 

Au final

Il ne fait pas de doute qu'il y eu une nécropole depuis l'Antiquité. Puis un cimetière bien antérieur à la construction de Sainte-Martiane et de Saint-Salvi en tout cas. 

Paroissial à partir du XIIIe où le cimetière est divisé pour la première fois en deux entités  distinctes celle de Sainte-Martiane et celle de Saint-Salvi. Il est désaffecté au XVIIIe siècle comme le cas est fréquent.

Sous la terre grise, une terre argileuse jaune identifiée en d'autres points de la ville qui correspond plutôt à la période gallo-romaine. On y découvrit de la vaisselle de Montans et de la céramique produite à Albi même à la période romaine. Ce qui révèle un intérêt certain.

Une petite coupe en bon état de conservation a été extraite du sol.

Un niveau protohistorique a aussi été décelé avant d'atteindre les graves. 

Pour terminer, il est à signaler la présence d'un mur très ancien, parallèle à l'abside, dont on ignore la fonction précise.

Voilà donc ce que l'on peut dire sur les côtés nord et est du lieu. 


Pour vous donner une idée générale des lieux rien de tel que ce petit livre: La collégiale Saint-Salvi


Notes

(1)Difficile de déterminer la chronologie exacte des travaux.
(2)Il appartient à la cohorte nombreuse des saints issus des élites dirigeantes. Ils ont vécu une jeunesse dorée avant de se retirer à la tête d'un monastère. 
(3)Plo signifie colline en occitan.
(4)Coustou: le raidillon en occitan.
(5)Déjà à la fin du XIe siècle, on voit les chanoines aller jusqu'à Rabastens exiger à ce que les droits de la communauté soient respectés ... avec le Saint en "Majesté".  Une autre statue de Saint Salvi remontant au XIVe siècle a aussi été volé à une époque récente.
(6)Vers Cunac, le lieu probable est identifié.
(7) C'est surtout vrai à partir du VIe siècle.







samedi 21 avril 2018

Labastide des Vassals à Saint-Grégoire : un lieu qui vaut le détour


 À La Bastide des Vassals


Vue sud du bâtiment en mai 2018. Photo du drone de 2B Pixel.

Actuellement une mise en valeur des lieux est prévue par le propriétaire. Vous êtes invités pour participer à ce projet sur https://dartagnans.fr/fr/projects/sauvons-un-hameau-medieval/campaign

De beaux restes pour écrire l'histoire


Sur le plan archéologique, cette mise en valeur passe bien sûr par un travail d'observation du bâti existant (1). Entre autres, le CDAT, auquel le CAPA s'associe, mèneront des recherches au sujet du château.

Elles prendront la forme d'une enquête aux archives et d'un suivi de chantier pour cette année et les années qui viennent.

Un pont, un four, un moulin sous la prééminence d'un château dans un petit périmètre, quoi de mieux pour parler de la seigneurie. 

S'y ajoute - beaucoup plus discrète - mais néanmoins indiscutable, la trace d'habitats à des époques variées avant le délabrement paysager. Des communautés ont vécu ici. Apparemment, l'homme n'a pas ménagé ses efforts pour cultiver la pente et drainer le bas-fond.

Aux sources de l'histoire: la bastide d'en Coia

Dans les années 80, pour André Soutou, le site actuelle portait le nom de Bastide d'En Coia Il apparait  en dans une donation, celle du Cartulaire de la Commanderie des Templiers de la Selve(2).

Avec l'aide experte de l'abbé Nègre, il relativise les orthographies et quelques points de grammaire pour dresser une carte de notre région à partir du cartulaire en question.

Par ailleurs, il défend l'idée que le terme de bastide utilisé à une époque précoce ne signifie pas encore une ville nouvelle mais un établissement sur une colline(3).

A priori, il n'y pas de raison de mettre en doute ses propos.

La Bastide des Vassal 

Reste que pour le première fois le lieu de "bastide des vassals" apparait en 1260  au détour d'une charte énumérant les possessions des comtes de Toulouse : " Moi, P. Vassal, chevalier, fils de Bertrand Vassal et moi P. Vassal chevalier et fils d'Amblard Vassal  reconnaissons en nos terres notre bastide avec son territoire qui est en la paroisse de Caussanel du diocèse d'Albi "(4).

Ces Vassals(5), Pierre, Guillaume, Pons, Vassal jouent un rôle actif sur la rive droite du Tarn au XIIIe et jusqu'au XIVe siècle. Ils tentent d'étendre leur autorité au-delà du Tarn, sans succès. Leur pouvoir s'affaissent autour du XIVe siècle. La fréquence de leur mention dans les archives s'amenuise.

Par ailleurs, ces deux "P." sont-ils des chevaliers de Lombers ? La chronologie permet de tenir cette hypothèse. Il est vrai, qu'entre autres, des chevaliers "vassal" tiennent des fiefs à Lombers du XIe au XIIIe siècle. Parmi eux, un Pierre.

Gasc et compagnie
Plus sûrement encore, il y a la famille des Gasc dont la première mention connue dans les archives remonte à 1256(6). Pendant plus d'un siècle, des Guillaume, des Raymond composent une fratrie qui se partage plusieurs fiefs. Celui de Bezelle à cinq kilomètres au nord de Lescure est sans doute le premier. S'y agrègent progressivement Arthès, La Barravié dans la paroisse de Sainte-Martianne au Garric et, enfin, Labastide-des-Vassals.

Les Gasc sont une lignée de damoiseaux et chevaliers vassaux des barons de Lescure- d'Albigeois.

Si nous sommes sans assurance aucune quant à l'origine du bâtiment, la fortune nous sourit quant à connaître la période de son abandon. Au détour d'une archive royale, on apprend que le dauphin (futur Louis XI) autorise un Gasc, Guillaume, à reconstruire son château de Labastide détruit par les Anglais en l'année 1430.

Grand privilège à une époque où va s'achever la guerre de Cent Ans, où l'obsession du pouvoir est d'éviter la construction des places fortes. Est-ce étonnant d'ailleurs si le projet n'aura pas de suite, car les Gasc semblent abandonner les lieux pour le plateau ? 

Les progrès de l'artillerie participent aussi d'un nouveau choix d'implantation pour la place forte.

Bref, c'est la fin d'une époque mais certainement pas celle du site dans sa globalité.

Les études aidant, certaines zones d'ombre sur ces péripéties devraient disparaitre ou au moins s'estomper. C'est bien tout ce que nous souhaitons. 

Un château qui gagnerait à être mieux connu

Il ne passe pas encore inaperçu au cœur du paysage. L'ensemble des fortifications, exposé au sud, s'adapte aux contraintes fortes du relief. Elles s'ancrent sur une plate-forme rocheuse qui domine le vallon du Lézert  à quelques 245 mètres d'altitude. Les sols sont minces. Y poussent actuellement de maigres chênes verts et du fragon, petit houx. C'est le domaine des ronces, des taillis, du buis malade.

Seules quelques trouées dans la végétation, ici et là, permettaient une visite compliquée il y encore quelques mois avant le débroussaillage.

À propos de visite, celle du colonel Louis Brieussel est restée dans les mémoires grâce au Bulletin de la Société des Sciences des Arts et Belles Lettres du Tarn en 1923. Celui-ci rédige un court texte à la suite d'une excursion in situ. On y apprend que le lieu, des plus "romantique", est déjà à l'état d'abandon. Le moulin comme le château. Il spécifie que l'arrêt de l'activité du moulin est récente (7) et décrit le château dans … un fouillis presque inextricable de broussailles et d'arbustes. À la suite de ces observations, le colonel dresse même un plan schématique des lieux que nous vous invitons à comparer avec le récent relevé.

Premier relevé des ruines des bâtiments castraux signé Louis Brieussel autour de 1923. À vous de juger de la pertinence du savant. Attention l'orientation nord-sud n'est pas conforme à la réalité. la Source: BSSABLT, Tome I, 1921, p. 199-206


Beau relevé topographique effectué en 2017 par Julien Pech. En haut, au nord, le dispositif du castrum; en bas sur la berge le pont, le moulin et ses annexes dont le plan du bâti a été relevé par l'agence Sunmetron.
  
Premières observations de nature géologique

Au sein d'un vallon, le Lézert trace un cours tortueux orienté nord/sud avant de se jeter dans le Tarn au Combal. À quelques 1500 m en amont de la confluence, sur le rive droite du Lézert au bout d'une berge convexe sont implantés un moulin et ses annexes. Sur l'escarpement, exposé au sud, qui domine le moulin est installé le castrum.

La roche ambiante appartient à la formation de Larroque de tufs rhyolitiques(8). Ils peuvent réserver des gites de minerais ferreux dont certains ne sont pas inconnus du CAPA. On sait que dans la région, les Trencavel en tire un revenu substantiel depuis la plus haute époque(9).

Affleurent des bancs gris-vert compacts avec des phénocristaux de quartz et de feldspath. Les formations sont très visibles comme assises des bâtiments sur le replat sommital. On peut aussi les observer sur le sentier et, bien sûr, comme éléments de construction.


Couches serrées du socle rhyolitique en saillie oblique orientées nord/sud. Elles sont polies à force d'usage. Le chemin qui monte au château est aujourd'hui peu carrossable.


La tranchée au nord est l'occasion d'observer le substrat rocheux mais aussi les impacts linéaires verticaux d'un outil de taille.
Une entrée du dispositif se localise à l'ouest. Elle est marquée par un vestige de porte dont toute la portion nord a disparu. Les claveaux ont été arrachés.

Ce vestige de porte borde le chemin lors d'une épingle à cheveux comme le montre la dernière des photos.

Chemin faisant

Le réseau des chemins que Louis Brieussel présente comme charretiers mérite intérêt car indubitablement ancien. Par chance, ils ne sont pas envahis par les fourrés et font encore le bonheur des marcheurs. Quelques modestes remarques de bon sens sont désormais possibles.

D'abord, l'actuelle portion méridionale du chemin sur la commune de Crespinet semble d'origine postérieure à 1830. Elle n'est pas cadastrée au début du XIXe siècle comme le montre le cadastre napoléonien. C'est la partie la moins abimée et la plus large et rectiligne avec un mur de soutènement.

En outre, il existe bel et bien un sentier mais il est au fond du vallon et suit la rivière.
Bref, des tronçons sont tombés en désuétude et existent à l'état d'empreinte dans la forêt. Il indique d'autres logiques géographiques dont il faudra tenir compte.  



Entourées en rouge les portions disparues ou inusitées de nos jours. Remarquez que le chemin actuel qui va de la confluence aux Bessières n'existe pas encore. 
Sources : Archives départementales du Tarn
La portion nord en revanche est déjà bien en place. Le réseau obéit au tracé de 1830. Même embranchement, même ligne sur la rive droite comme sur la rive gauche.

Le tracé sur la rive gauche, côté Crespinet, est identique ou presque à l'actuel. Il suffit de prendre une carte pour comparer. Sources : Archives départementales du Tarn

Le tracé sur la rive droite, côté Saint-Grégoire.
Sources : Archives départementales du Tarn
Quelques cent mètres avant d'arrivée au site, un embranchement monte au hameau des Peygues, à l'est. Après le franchissement de la rivière par le pont du moulin, il est aussi possible de gagner le plateau de Saint-Grégoire en obliquant à l'ouest. À l'est, c'est une ligne droite vers le château avant la montée vers le plateau. Il est difficile de donner une hiérarchie à toutes ces voies.

Section de la grange du moulin au virage. Des parties ont nécessité des creusements.
La roche, très dure, conserve mal la trace des ornières et des sillons. Tout du long, les passages ont poli et comme creusé la roche encaissante. Avant, la chaussée était probablement recouverte; aujourd'hui nombreuses sont les portions où la roche est à nue.

Un tracé séculaire. Virage et dernière ligne droite avant le château.
Ce chemin était-il le passage obligé vers le château ? Se prolongeait-il exactement jusqu'au château? Est-il contemporain de celui-ci ? Beaucoup de questions sans réponses.

Il n'est pas exclu qu'un autre chemin dans le talus au sud ait existé mais nous n'en n'avons trouvé aucune trace irréfutable pour l'instant. Le colonel Brieussel partage d'ailleurs cette hypothèse

À l'arrivée au château, le chemin principal devait enjambé un fossé aménagé à l'approche de l'enceinte où il est actuellement porté par un mur de soutènement, pas forcément ancien mais en cours d'effondrement.

Le chemin qui permet l'accès à la porte ouest est en épingle à cheveux. Notez au passage le mur de soutènement à gauche. A-t-il comblé un ancien fossé?

La description du bâti du château encore en élévation sera l'objet d'un prochaine article.

Notes

(1) - Avant même de passer au bâti enfoui. 

(2) - André Soutou, Quelques toponymes tarnais du Cartulaire de La Selve, Annales du Midi, Tome 99, N°177, 1987. La Selve est vers Réquista en Aveyron.

(3) - Les "bastides" se développent entre 1230 et 1350. Le mot, ici d'utilisation précoce, ne concrétise apparemment aucune forme de contrat écrit entre un seigneur et des paysans mais plutôt une forme de peuplement rurale autour d'un castrum. 

(4) - Texte original : Ego P. Vassali miles, filius quondam Bertrandi Vassali... et ego, P. Vassali miles, filius quondam Amblardi Vassali, recognoscimus nos tenere ... bastidam nostram cum districtu suo, que est in parrochia de Caussanello, dyocesis Albiensis. 

(5) - "Vassal": peu de chance pour que le terme provienne du registre de la féodalité. Il est plutôt un sens dérivé d'un mot qui qualifierait le jeune homme noble vaillant issu de l'occitan. Le terme de "vassal" est aussi bien un prénom qu'un nom d'ailleurs. On le voit ici. Il existe un "Vassal Vassal"

Petite précision si besoin est. Jusqu’au XVe siècle au moins, le nom de la personne(on dirait aujourd’hui le prénom)prévaut sur le déterminant( on dirait aujourd’hui le nom) qui rappelle un lieu de résidence familiale, un nom de parentalité, un métier ou même un surnom lié à une particularité physique. Il faut attendre Louis XI pour que le pouvoir commence à imposer un déterminant stable comme nom de famille. Jusque-là beaucoup d’individus - surtout parmi les plus humbles- n’avaient qu’un nom de personne. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Ed. du Beffroi, Toulouse, 2002, p. 794 et 795

(6) Sur cette famille, voir le point récent à partir des archives fait par Cédric Trouch dans Réduits communautaires castraux et mise en défense des mas dans l'Albigeois des XIVe et XVe siècles, Archéologie Tarnaise, n°18, 2016, p. 78 et 79.

(7) - Il est officiellement déclaré "ruiné" en 1929. 

(8) - C'est l'une des composantes de la succession stratigraphique des terrains cambro-ordovicien de l'Albigeois cristallin., J. Guerangé-Lozes et M.P Mouline, Carmaux, 933, Carte géologique de la France, BRGM, 1998

(9) Hélène Debax, La féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles, serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel, Presse Universitaires du Mirail, 2003 

samedi 31 mars 2018

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne



Un bien étrange monument sur un causse à Penne

Sortie du dimanche 18 mars



Drôle de fosse comblée par la végétation
Localisation du monument énigmatique. Carte IGN au 1/25 000

S'il est une curiosité remarquable, c'est bien celle du "tumulus" du Frau sur la commune de Penne. En résumé, une vaste étendue pierreuse peuplée aujourd'hui de petits chênes rabougris. Avant la guerre, l'espace était plus ouvert et consistait en des pâtures. Il suffit d'observer l'abondance des clôtures au nord est du site pour s'en convaincre.

En 1970, un article de la main de Jean Lautier(1) relate l'existence sur le plateau dominant la rive gauche de l'Aveyron, au-dessus du hameau de Courgnac, d'une structure insolite qu'Henri Bessac avait assimilé une vingtaine d'années auparavant à un tumulus(2).

En limite de clairière, le site en question est guère éloignée du hameau aujourd'hui abandonné des Grangettes.  Il jouxte un ancien chemin de Saint-Antonin à Penne dont l'intense fréquentation avant l'abandon de ces espaces voués à l'élevage ne fait guère de doute. 

État du lieu: hier et aujourd'hui

L'archéologue Jean Lautier dessina pour l'occasion le monticule et le décrivit ainsi: "un tertre à peu près circulaire de 18 m de diamètre et haut en son milieu de1,40 m. Assis sur un terrain calcaire en pente douce dans le sens NO-SE, il paraissait après défrichement plus elliptique par le fait d'un allongement de son talus artificiel côté ouest. Son périmètre de 57 m fut difficile à évaluer tant ses pentes se fondaient avec le modelé local du terrain boisé des alentours."

Sur ce, un sondage permis aux archéologues de distinguer plusieurs couches. Sous la terre végétale noire où poussaient des abrisseaux, ils relevèrent une accumulation d'éléments rocheux. D'abord de petites plaquettes calcaires mises à plat, puis des blocs informes et inégaux de belle taille.


Dessin de Jean Lautier vue du dessus et vue en coupe.

À cette occasion, on découvrit, enfoui, un fragment de petite serpe aujourd'hui disparu. Par ailleurs, dans les blocs gisait le squelette d'un petit bovidé.

Au cœur de ce dispositif en élévation, l'équipe de Jean Lautier repéra une fosse circulaire remplie de cendres sur plusieurs mètres. Un cendre grise et noire déposée en plusieurs couches.

La fosse profitant d'un creux de la roche(doline peut être) était ceinturée d'un muret de pierres sèches permettant une circulation commode. Enfin, des marches conduisait à l'est jusqu'au dispositif.

En bas, des blocs calcaires avaient subi une chauffe et portaient des traces de vitrification.

On ne remarqua pas de sole, pas d'os, pas de charbon seulement de 16 m3 de cendre végétale qui fut soigneusement tamisée.

En 2018, le monument est encore parfaitement identifiable.

Il est visible sous la forme d'un cratère. Le cône ayant été évidé lors de la fouille de 1967.

Photo du "cratère" actuel. Sur les côtés, des murettes circulaires cernent la structure. Un espace de circulation est probable autour du foyer. L'emprise de la végétation est visible.

Un escalier à degré droit de plusieurs marches, ici recouvertes de feuilles et dégradées, permet d'accéder à la fosse. Est-ce une ouverture vers la zone de chauffe?
Une raison d'être bien mystérieuse
 
Plusieurs explications sont possibles mais aucune ne remportent une adhésion unanime à cette heure et déjà à l'époque de Jean Lautier.

L'hypothèse d'un tumulus ou d'un dolmen semble à écarter. Rien ne correspond à un indice de structure funéraire. Rien n'indique non plus une fonction religieuse quelconque à haute époque. C'est manifeste.

L'idée d'un four semble bien sûr la plus probable. Cependant, l'absence de chambre de chauffe, de sole ou d'alendier, même à l'état dégradé, ne permet pas de rapprocher la structure de quelque chose de connu dans notre région(3).

Est-ce le résultat d'une volonté de conserver de la viande ou des denrées agricoles?

Les cendres de bois amassée permettaient-elles de fabriquer de la potasse si utile à beaucoup d'industries au XIXe siècle, voir avant ? (4)Trouver des éléments probants pour valider cette hypothèse est compliqué tant manquent les références en la matière.

Quel qu'il en soit, un plan de la structure peut encore être levé et des recherches menées aux alentours pour désépaissir ce mystère.


Notes 

(1)Jean Lautier, Un monument énigmatique du Frau de Penne, Revue du Tarn, 1970, N°57
(2)La présence de mégalithes et notamment de dolmens est avérée sur ce causse. Ainsi le dolmen  du Suquet au sud ou encore celui de Martres que nous avons pu admirer en chemin. Ne parlons même pas des nombreux exemples sur la rive droite éclairés par Bernard Pajot.
(3)Par ailleurs, le site semble éloigné de toutes autres installations artisanales. Mais cela reste à prouver.
(4)Les drapiers de Montauban, entre autres. Cette cendre servait par exemple à la fabrication du savon.

mardi 20 mars 2018

Exposition et conférence du CAPA

Une exposition et une conférence grand public à Albi:

Les malheurs des temps en Albigeois

Hôtel Rochegude 

Exposition: tout le mois d'avril

Conférence: le samedi 14 avril à 17h



dimanche 21 janvier 2018

Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala


Sortie du CAPA du samedi 13 janvier
Présents : Gilberte, Charlette, Louis, Christophe, Yann, Claudine et Philippe


Le Moyen Âge est sous la ferme : les petits souterrains du Ségala

Plan du souterrain de “La Brandié” à Paulinet levé par Louis Malet. 
Reste à dresser un plan topographique de la zone en question.
De petits hameaux, sur la commune de Paulinet qui couvre une partie des hauts plateaux dits des "Monts d'Alban", réservent - encore bien conservée - une série de souterrains ruraux qui remontent probablement à la période médiévale.

En bordure de talweg, le CAPA à pied d'œuvre devant l'accès du bas.
On doit à la perspicacité de Louis Malet leur prise en compte comme des monuments cruciaux à même de relater la vie dans les campagnes à des époques très anciennes. À force d'articles avec quelques autres, ils sont parvenus à placer au premier plan ces vestiges avant délaissés.

Dans la région à l'est d'Albi, leur homogénéité est reconnue. Ils partagent ensemble des caractères communs comme la faible ampleur du réseau. Ils présentent généralement une pièce unique et  se prolongent souvent à l'extérieur par une tranchée. Ce sont les souterrains "du Ségéla" qu'on différencie de ceux de la plaine du Tarn.

Nous ne reviendrons pas sur la discussion qui porte sur les usages de ceux-ci. Faute d'avoir été tranché, le débat a été présenté en http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=souterrain+cordes

En résumé, il s'agit pour les paysans, d'apprivoiser un milieu a priori hostile, concevoir une cavité unique pour stocker, à l'abri, les denrées précieuses de la ferme. Une cavité qui soit la plus accueillante possible aussi pour que les hommes qui la connaissent, y séjournent en cas de menace. 

Il semblerait aussi que le développement des systèmes de défense passive pour décourager les assaillants éventuels n'ait pas été le moindre des soucis des creuseurs.

"La Brandié", "Frayssinels", "Couterri", le CAPA visita ce jour-là les deux premiers, faute de temps.



Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "La Brandié"


On le sait, la nature a horreur du vide. Des processus de comblement sont à l’œuvre mais l'ouvrage conserve vous pouvez le constater de beaux restes. Une désobstruction s'imposera peut être dans quelques années.
Après l'aimable autorisation de la propriétaire, Mme Tenedos, nous pénétrâmes dans l'ouvrage par le bas et remontâmes jusque vers la maison.

Les volumes ont été percés à la main dans le substrat local : un schiste violacé. Ce qui relève si ce n'est de l'exploit, au moins d'une détermination remarquable. L'ouverture du bas laisse supposer des aménagements à des périodes anciennes. Mal identifiable en 2018, une tranchée aujourd'hui à ciel ouvert encadrait l'entrée.


L'entrée telle qu'elle était encore en 1991. En 2018, la tranchée creusée est moins visible. 
Elle servait, entre autres, à évacuer les eaux.
Des traces d'outils sont observables sur les parois ainsi que des veines de quartz.

Impacts linéaires verticaux, traces d'outil, type "marteau taillant"
 À même le talus, le goulet est étroit et conduit aussitôt à une grande salle rectangulaire au profil voûté plein ceintre. Peu de chance, étant donnée l'humidité, pour que la pièce eut été véritablement habitée sur le long terme.


Le couloir de remontée, ponctué de marches taillées, passe sous la route actuelle et débouche à proximité d'un hangar. Le gabarit a été calculé au plus serré.


Phénomène généralisé de suintement. Rares sont les souterrains qui échappent aux inondations saisonnières. Des marches d'escalier, de hauteur inégale et irrégulières dans leur présence, épousent une pente de 30 %.


Sinuosité du parcours et dispositif de fermeture contre d'éventuel assaillants


Il est surtout marqué par une série de six segments coudés. Il semblerait qu'un impératif de défense ait compliqué la tâche des concepteurs. Il s'agit de placer l'intrus dans une position d'inconfort tel qu'il rebrousse chemin ; en quelque sorte, de freiner sa progression.

Un ventail plutôt qu'une « porte » était présent si l'on en croit la trace d'une feuillure et de rainures dans lesquelles on pouvait glisser un rondin. Sa présence, à proximité directe d'un angle, rend difficile son « défonsage » étant donné le peu d'élan dont disposait l'assaillant.


C'est vrai le président n'offre pas la plus belle partie de sa personne mais au moins démontre-t-il-l'impossibilté de se croiser dans la galerie. Des niches sont aménagées ici et là pour recevoir des luminaires.

Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "Frayssinel"


À "Frayssinel", ce sont surtout les traces extérieures du souterrain qui ont retenu notre intention.


Le réseau du souterrain de "Frayssinel" relevé par Louis et, à droite, son entrée supérieure photographiée. Se découvrent,  par la suite, une dizaine de marches. Comme à "La Brandier", le couloir comprend 8 segments avec des coudes. La déclivité est forte.
La visite du réseau a montré qu'une laisse d'eau envahit progressivement la grande salle oblongue du bas. À terme, le souterrain risque d'être ennoyé car l'orifice se bouche. L'eau est prisonnière.

La tranchée profonde du bas (13 m de longueur, 3 m de profondeur) en extérieur est littéralement envahie par les feuilles et la végétation. La lumière ne pénètre presque plus dans le souterrain.
Par ailleurs, nous avons remarqué toute une série de traces d'aménagement autour de l'entrée (en haut) mais aussi de la sortie du souterrain, preuves fournies par les photos ci-dessous.

Bas flanc banquette sous corniche naturelle
Encoche pour une poutre de grande dimension.
Encoches diverses et variées proches de l'entrée au nord ,pouvant soutenir les madriers d'un plancher ou d'un toiture
Saignée en Y renversée.
Pour terminer, retenez qu'une conférence du CAPA sur les traces archéologiques des XIVe et  XVe siècles dans l'Albigeois portera - entre autres - sur ces souterrains. Elle est prévue le 14 avril 2018 au Centre Occitan Rochegude mais nous en reparlerons.