dimanche 16 décembre 2018

L'aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

Ce que raconte l'aven Mauray

 
L'aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.

Autant le dire, le lieu revêt aujourd'hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d'une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l'endroit est pentu. À vrai dire, sans l'aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l'alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n'étaient pas récents. C'était à cet endroit qu'il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d'un vallon, l'entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d'une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C'est du domaine du probable au vu d'autres cas semblables.

L'intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l'aven a subi une intense fréquentation.
Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l'intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d'une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l'aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.


Chambre sépulcrale latérale.

L'aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.


Un éboulis soudé par la calcite

Les os brisés d'au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en "mikado",  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n'est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.

Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d'accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 


Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d'une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971
Des pendeloques d'origines diverses : dent d'ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 
Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


 
Canine d'ours perforée. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


 
Plaque en calcite perforée. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.


 
La pièce est aujourd'hui au Musée Toulouse Lautrec


 Et la guerre fût...

C'est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l'éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l'archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l'aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L'individu aurait été, pour ainsi dire "fléché", à bout portant alors qu'il était étendu au sol. Ce sont les résultats d'une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l'aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final

On sait que l'installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l'émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d'ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 

Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l'aven appartiennent plutôt à la culture dite "vérazienne" mais l'absence de poterie complique la chronologie.

D'autres avens bouchés ou non, à proximité de l'aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d'affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n'est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l'émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l'effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.

Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.


Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L'ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d'Archéologie du Tarn)





dimanche 11 novembre 2018

Les sanctuaires gallo-romains : bilan et découvertes



Mieux connaître le "fanum", ce temple  gallo-romain dont la présence dans notre région est plutôt rare mais précieuse, voilà ce que vous propose Marc Durand, le vendredi 30 novembre à 20h30 dans l'amphithéâtre du lycée Rascol. Entrée libre comme toujours.


mardi 30 octobre 2018

La cathédrale d'Albi par la face nord



Un colosse tout en argile (I)

Le mur gouttereau du flanc nord de la cathédrale d'Albi réserve quelques détails intéressants. Il nous permet d'abord de mesurer l'ampleur du bâtiment et de son constituant : la brique. Ce mur immense n'est pas destinée à recevoir un enduit de couverture. Il  est dit "brut de parement". Par ailleurs aucun coffrage. L'épaisseur maximale des murs en bas résulte de dizaine de rangées de briques.

Bien malin qui connait le nombre de briques qu'il fallut pour construire le bâtiment ⁽¹⁾. À vrai dire, à ce terme de «brique» emprunté au Nord de l'Europe, il faudrait préférer celui de “teula” venu de la tegula latine. 
Au Moyen Âge, il faut imaginer de très petites unités de production, les teulièras, disséminées au sud et au nord d’Albi dans un rayon de quelques kilomètres. 

La proximité des gisements d'extraction² devait jouer un rôle prépondérant car le travail préparatoire en était raccourci. Le transport des briques, tuiles et carreaux par charretées, par tombereaux plusieurs siècles durant, en était d'autant plus facile.

Il est fort probable que le développement et la spécialisation en productions argileuses du quartier du "Bout du Pont" soient contemporains de l'époque de la construction de la cathédrale et de "La Berbie".³ À proximité de la rivière, des lieux comme "Fontvialane", le chemin de Carlunet ou "L'Escapadou", montrent qu'il existait des tuileries parfois dès le XIVᵉ siècle et sans doute avant. À elle seule, l'activité mobilisait une partie de l'année les paysans des alentours. Apparemment, les tuiliers étaient "fermiers" des fours. Ils les louaient à de puissants propriétaires. Ils pouvaient d'ailleurs les partager à plusieurs.


Le travail des teuliers

La saison froide était celle de l’extraction (le piquage) et de l'exposition de l'argile aux intempéries afin de faciliter son délitage. Par ailleurs, on ramassait le bois.

La saison chaude était celle de la préparation et de la cuisson. Briques, tuiles, carreaux de sol, montrent un même procédé de fabrication.

Selon la qualité de l'argile les préparations étaient plus ou moins longues et toujours sophistiquées.


Piétinée, émiettée, un temps décantée dans des bassins⁴ ou prélevée dans le Tarn sous forme de « lize », l'argile devait présenter toutes les caractéristiques adaptées. Mélangée à du sable, l'objectif était d'obtenir une pâte homogène. L'argile devait perdre un peu son côté gras avec des « dégraissants »,  comme la silice ou des végétaux, qui modifient ses propriétés lors de la chauffe. Elle était ainsi prête au moulage. De ces opérations compliquées, il faut avouer que nous ne savons pas grand chose.

Une fois dans un moule en bois, la pâte était tassée à la main⁵.
Arrivait, alors, le temps du séchage. Plutôt à l’ombre, afin d'éviter les fissures. Enfin, les briques étaient cuites au four.

Face supérieure. Coté lisse ou raclé de la brique, tassé et aplani à la main. Il n'est pas rare d'y voir des traces de doigts.


Face inférieure. Côté rugueux ou graine. Fond du moule avec parfois des brins de végétaux.
De tout ce passé laborieux, il ne reste plus grand chose en terme matériel. Et les archéologues éprouvent le plus grand mal à localiser les lieux précis d'extraction et de préparation pourtant nombreux à une époque. La terre devait être extraite en plein air à la pioche par tranchées, sur les côteaux ou encore dans des zones marécageuses comme à Pratgraussals.

Pour les fours, leur fonctionnement est mieux connu mais seulement pour l'époque moderne. À notre connaissance, aucun four à briques médiéval n'a été fouillé sur l'Albigeois. Pour l'instant.

Un four à briques vertical et intermittent à l'époque moderne dans la région⁶

Les fours traditionnels dans le Toulousain étaient souvent bâtis en terre crue. Il n'y avait pas forcément de haute cheminée mais un toit à deux pans surélevés qui laissait passer la fumée. 

Schéma d'un petit four à briques et autres terres cuites avant la Révolution dans le Toulousain. C'est le type de four qui est décrit dans "L'Encyclopédie" de Diderot et d'Alembert au XVIIIe siècle. Parfois, le four s'accompagne autour de hangars couverts de séchage.

Le dispositif de plan carré se résumait à une chambre de chauffe ouverte par deux foyers dans lesquels les teuliers allaient glisser du combustible. Ces fours étaient proches des sources d'approvisionnement en bois et en terre. Éloignés - autant qu'il était possible de la ville - à cause des risques d'incendie, ils tenaient compte aussi de l'orientation des vents. La logique d'implantation répondait à des paramètres complexes, évoluant dans le temps.

Le four à briques en coupe et le teulier qui contrôle la montée en température. Les murs du four sont généralement plus épais que dans cette représentation. Ils peuvent atteindre deux mètres en terre crue.


Les foyers étaient parallèles et voûtés d'arcades plein-cintres.

Au-dessus de la chambre de chauffe, dans le laboratoire dont on murait la porte après l'enfournement, les briques étaient rangées les unes contre les autres en grande quantité ⁽⁵⁾ sur une tranche comme des livres sur une étagère. Entre elles, l'air pouvait circuler grâce à des consoles verticales qui formaient des sortes de couloirs. Couronnaient le tout, des débris de briques qui permettaient de visionner et contrôler la qualité de la cuisson à l'aide d'une canne.

On comptait deux journées d'enfumage très progressif pour éviter les fendillements des briques, typiques de la montée en température trop rapide. C'était « le petit feu » qui montait jusqu'à 500° C.
Puis, deux jours de « grand feu » à plus de 500° C et jusqu'à 1000° C. 

Une semaine de baisse de température très progressive. Il fallait à peu près trois jours pour défourner les pièce cuites.

Sur un mur, le maître teulier contrôlait la montée en température à l'aide de la canne et donnait des consignes.

Du bel ouvrage. Les briques sont posées « en boutisse » c'est à dire dans le sens de la longueur. Le petit côté du rectangle apparait. La cathédrale est le résultat de différentes campagnes de réfection bien visibles ici. À droite, des briques industrielles. Les briques ne sont pas éternelles, surtout les parties offertes à l'extérieur.

Observables ici, les différents types de mortiers lors des campagnes de réfection. Le joint est fait en général de mortier composé de gravier et de chaux. Il y a une finition au sable fin et à la chaux qui a souvent disparue. On minimise au maximum les joints verticaux. Les briques violacées ont subies une cuisson plus forte.
Gros plan du layage. Aspect strié par l'utilisation d'une laye, une sorte de marteau à tranchants après la pose.
Des marques de layage sur le parement.
Chaîne d'angle particulièrement abimée. La finition du joint n'est plus visible ; apparaissent alors des graviers du mortier.
Fabriquer une brique cuite normalisée

Nous parlons de « grandes briques », autour de 9 kilos, dans un format standard de 38 X 22 X 5 cm, autrement dit où la largeur équivaut, en gros, aux 2/3 de la longueur. À quelques exceptions près, ce calibre restera en vigueur du XIIᵉ au XVᵉ siècle dans l'Albigeois. À la période moderne les archives témoignent de l'existence de "moules de la ville" dont on ne peut pas déroger.

Brique dite « foraine ». L'origine de l'adjectif ne fait pas l'unanimité. Est-ce une brique facile à trouver dans les foires ? Une brique venue de l'extérieur de la ville (foreanus) ou servant spécialement à la construction des extérieurs ? Ou bien - comme nous le pensons - la brique définie par la nature même de sa cuisson suite à sa position dans le four ? Quel-qu’il en soit, le débat n'est pas tranché et il dure depuis le XVIIIᵉ siècle ...

Ce qui est sûr au moins, c'est que la brique foraine se distingue de la brique en terre crue, très utilisée depuis la Préhistoire.

Construire à moindre coût


D'accès relativement facile à Albi, la brique constitue une véritable révolution pour la construction. Presque pas de taille, pas d'ajustage compliqué, légère au montage ; du coup, un prix défiant toute concurrence. Peu de main d'œuvre employée au montage. Au delà, la brique incarne un idéal de rigueur car elle décourage le talent des sculpteurs. Un idéal de rigueur recherché lors de la construction de la cathédrale.

Dans les secrets du montage

Le mur laisse voir les trous de boulin des traverses en bois qui supportèrent les  échafaudages toutes les quinzaines d'assises de briques environ. À peu près la hauteur d'un homme. Le maçon progresse aidé d'un gafet qui lui passe les tuiles.


Base du clocher au nord de la deuxième partie du XIVᵉ siècle. Ces trous de boulin sont encore béants. Fruit d'une volonté esthétique peut être.
Sont visibles aussi les reprises et les décalages d'assises qui marquent des coups d'arrêt dans les travaux, des réfections...

Mur de la sacristie, rue de la Temporalité. Une reprise.  Le décalage des assises est particulièrement visible. Il s'inscrit avec un triangle.

Un bouchage récent. Reconnaissons-le, pas très heureux.
Trous de poutrage anciens aujourd'hui rebouchés.
Rue de la Maîtrise. Avec la lumière, des campagnes de réfection et des bâtiments « fantômes » ou «parasites» collés au mur.

 De ces réfections, nous parlerons lors d'un prochain épisode.


Notes 

(1) - Autour d'une dizaine de millions. 
(2) - Voir le point fait par Christian Servelle, La mémoire perdue des carrières d'argile, dans "Le Tarn en céramiques". Il évoque la difficulté à localiser des carrières d'extraction souvent éphémères. Les paysans rebouchent les trous après avoir épuisé les filons.
(3)Voir le point fait par Martine et Michel Houdet, L'artisanat et l'industrie céramique à Albi, dans "Le Tarn en céramiques".
(4) - Des "pourrissoirs".
(5) - Préalablement, le moule en bois est sablé et cendré.
(6) - Vertical parce que les flammes ne font que monter durant la chauffe, intermittent car le four s'arrête de fonctionner après la cuisson. Voir le point fait par Jérôme Bonhôte , Contribution à la connaissance des fours briquetiers et tuiliers dans le Tarn aux XIXe et XXe siècles, dans "Le Tarn en céramiques".
(7) - Jusqu'à 20 000 ...
(8) - Il y a d'autres briques que foraines. Brique commune, "de marteau", "biscuite". Il y a aussi "la rougette".  Les termes correspondent toujours à la nature et la durée de la cuisson car celle-ci n'est pas homogène pour la fournée jusqu'à l'invention des machines au début du XIXᵉ siècle. Un spécialiste reconnait d'ailleurs une brique à la couleur et au son qu'elle produit quand on la frappe.


Incontournable pour se faire une idée précise à l'échelle du Tarn sur ce sujet complexe mais passionnant:









mardi 23 octobre 2018

Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal


 Enfin, place nette aux "Battuts"
Samedi 29 et dimanche 30 septembre et la matinée du samedi 6 octobre 2018


Grotte des "Battuts". Un premier travail de vidage et de tri avait été effectué fin août. 
Restait le plus gros.
Deux journées et une petite matinée ont suffi pour nettoyer le site des grottes* des "Battuts" sur la commune de Penne. À chaque fois, le beau temps fut de la partie, ce qui rendit l'opération plus facile. Celle-ci, prévue de longue date,  se déroula dans une atmosphère sympathique mais concentrée étant donnée la nature dangereuse des lieux.

L'opération s'imposait à cause des risques d'incendie et la pollution que généraient des produits toxiques à l'état dégradé comme des médicaments, des produits de vaisselle ou des crèmes de protection...

Un travail d'équipe.
Un constat s'imposa bien vite. L'ASCA était "taillée" pour l'opération. Sa compétence, sa mobilisation furent totales; son ingénierie tout à fait adaptée. Le CAPA participa, plus modestement, mais avec le sérieux qui le caractérise. L'occasion était idéale de relier concrètement ces deux associations, dont les objectifs diffèrent, mais dont les ambitions sont loin d'être opposées. Histoire de montrer qu'archéologie et spéléologie peuvent faire bon ménage.

Une tyrolienne, montée pour l'occasion, achemina progressivement les sacs remplis de détritus en contre-bas, dans la vallée, sur une distance de 50 mètres.

 
Les sacs avant la descente. Les déchets ont préalablement fait l'objet d'un tri


Falaise impressionnante des "Battuts" avec filin tendu pour la descente des sacs.


Descente d'un sac


Plus délicat… un frigo !

Bien sûr, certains en profitent pour s'amuser.

Les sacs, en bas, avant la deuxième étape.

La deuxième étape: une pleine benne.

Quelques moments furent particulièrement délicats, comme la descente acrobatique du réfrigérateur.

Au total, plus d'une tonne d'ordures finirent dans la benne transportée à la déchetterie de Penne (Tarn).


La Dépêche du Midi couvrit l'événement. Ce qui nous valut la visite de quelques curieux.



Pour finir, il apparait que le cas des ermites "à la Carcenac" dont nous avons déjà parlé dans un article précédent **  n'est pas isolé. Les grottes, qui surplombent la rive droite de l'Aveyron, deviennent l'habitat temporaire d'individus en quête de logement. Il n'est pas besoin de remonter au Moyen Âge : vérification faite, maints abris rocheux restent, en 2018, un refuge pour les populations les plus touchées par la pauvreté et la précarité.



Notes

* et abris

** https://capa-archeo.blogspot.com/2016/11/insolite-le-quotidien-dun-ermite-penne.html

vendredi 7 septembre 2018

À Albi, le CAPA est sur le pont ...


Pour les Journées Européennes du Patrimoine, n'hésitez pas à nous rejoindre. Nous sommes - une fois n'est pas coutume - sur Albi. Rendez-vous est donné à partir de 10 heures, samedi 15 et dimanche 16 septembre devant l'Office du Tourisme. Toute la journée, nous évoquons la mémoire de certains bâtiments disparus. 

samedi 21 juillet 2018

De moins en moins mystérieuse: la crypte de l'église Saint-Salvi


Des sondages pour mieux connaître Saint-Salvi d'Albi

Le Plo

Autour du XIIe siècle (1) à Albi, une communauté d'une vingtaine de chanoines fait ériger progressivement au-delà des murs de la Cité, une toute nouvelle église afin d'accueillir les reliques d'un saint autochtone de grand renom : Salvi (2).

Les chanoines sont installés sur un plateau surélevé à quelques centaines de mètres des remparts. Le point le plus haut de la ville, c'est le Plo (3) d'Albi. Le lieu est un cimetière. Nous en reparlerons.

Les pentes alentours sont colonisées par des maisons hautes; y grimpent des ruelles sinueuses et étroites comme la ruelle du coustou (4) de Saint-Salvi.

En contrebas, l'activité commerciale est dense. Les “Combes” entre les remparts et le Plo grouillent de vie et d'activités. Elles dominent un quartier plus ancien, celui de La Rivière, au nord, au bord du Tarn.

Juste en face de l'église Sainte-Martiane, les vénérables assumeront des années durant la laus divina. Ils suivent avec plus ou moins de ferveur la règle de saint Augustin. S'agrègent aux chanoines, des vicaires car Saint-Salvi est aussi une paroisse.


Y-a-t-il  eu au préalable sur le Plo un bâtiment différent, moins prestigieux  pour accueillir déjà la petite communauté soudée autour du culte à saint Salvi ? C'est tout à fait probable. Mais rien n'est sûr. Salvi est-il enterré en ces lieux ou bien ailleurs sur le territoire d'origine de la communauté ? Aucune certitude non plus.


En odeur de sainteté

La ferveur des pèlerins est telle que la nouvelle église comptera une crypte. Elle abritera les supposées reliques du saint mobilisées à plusieurs reprises dans l'histoire(5).

Mais d'autres saints font l'objet de vénération à Albi: saint Clair le plus ancien, saint Amarand dans la campagne à l'est(6) et bien sûr sainte Cécile, un peu plus tard.

Les reliques de Saint Salvi attirent les pèlerins, les inhumations aussi.Elles attisent les désirs des Albigeois d'être inhumés à proximité du saint.

Le pouvoir, celui de l'évêque d'Albi, encourage ce genre de pratiques et d'initiatives.

Une crypte déambulatoire

La crypte au Moyen Âge est un bâtiment voûté, situé souvent sous le chevet de l'église. La crypte est dédiée à la préservation et à la vénération des reliques.

Petite de 30 m2 à peine, celle de Saint-Salvi est semi-circulaire creusée dans l'axe sous le maître-autel. Elle ne présente aucun aspect vraiment spectaculaire en architecture.


Vue de l'intérieur de la crypte voûtée en berceau. Aucune source de lumière. Banquette maçonnée sur les côtés avec fresques sur les murs d'appui. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi
Derrière l'autel(aujourd'hui le baldaquin), descendent deux escaliers en pierre d'une dizaine de marches. L'un pour descendre. L'autre pour remonter. Les fidèles peuvent ainsi venir, se croiser et repartir sans bousculade.


Accès à l'intérieur de la crypte par les degrés d'un escalier qui monte jusqu'au Chœur. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi

Quelle forme avait cette crypte avant sa construction? Une salle entourée d'un banc de pierre avec une arête en biseau et au centre les reliques.


Un artiste a peint sur les murs différents motifs: croix fleuronnées rappelant un peu une feuille de persil, cercles et losanges sur un fond uni rouge, le tout dans des bandes horizontales en plaques successives. On donne à la peinture la forme d'un drapé.


État des peintures dégradées par l'humidité. Source: service du Patrimoine de la Mairie d'Albi

XVIIIe siècle : remodelage des lieux

Avant la Révolution le débat fait rage. La conception et les pratiques de la sainteté sont remises en cause, y compris dans les rang de l'Église d'ailleurs. Dans le camp des admirateurs, face aux sceptiques, il s'agit de légitimer de nouveau, des pratiques de dévotion depuis longtemps mises à mal et critiquées.

Aussi, la crypte est-elle remise au goût du jour à l'initiative du prévôt Antoine de Metge lors de la restauration du maître autel. La grande période des pèlerinages est terminée. Il transforme la crypte en une petite chapelle en y ajoutant probablement un autel et une niche. L'une des questions est de connaître l'exacte teneur des modifications subies par le petit édifice à cette époque.


A-t-il voulu rappeler les pratiques paléochrétiennes à des fins politiques? Cela n'est pas exclu.


2018: une question d'étanchéité

Du temps a passé. La crypte est toujours là mais elle est touchée par l'humidité, l'enduit et les peintures se dégradent. Il est décidé de creuser un drain le long du chevet pour tenter d'assainir le local souterrain. Stopper les infiltrations d'eau devient urgent.


La construction du drain risque d'entraîner des dommages irréversibles au niveau archéologique. Catherine Viers et son équipe de l'INRAP interviennent alors pour évaluer la teneur des sols sur quelques mètres de profondeur.



Deux sondages sont menés à bons termes.



Emplacement du sondage derrière l'abside.

Les différentes couches mises au jour dans leurs épaisseurs respectives. Elle permettent d'élaborer une chronologie relative des lieux. Merci à Rosy pour le cliché.
Le premier, à l'intérieur même de la crypte, pour connaître la nature exacte du sous-sol. Après l'enlèvement  de deux dalles, la pièce s'avéra construite sur des sols sans risque de vestiges: des graves argilo-caillouteuses.

L'autre sondage, à l'extérieur de la collégiale, contre et sous l'abside du XVe siècle, s'avéra plus riche en informations. Une coupe stratigraphique montra la présence sur le Plo de plusieurs couches d'habitats successifs.

Enquête en sous-sol

Le sol enregistre les différents passages et aménagements des hommes depuis des siècles. Une coupe stratigraphique est un peu un livre d'histoire dont il faut bien sûr s'assurer du bon ordre des pages. Quelles sont les parts exactes des remblais, des gravats issus des démolitions de bâtiments ? Où sont les couches ?

Un principe de base, parfois battu en brèche par les aléas de l'histoire: plus on descend, plus c'est vieux. 

Une terre grise épaisse marque surtout la période médiévale. Dans la petite fenêtre du sondage autorisé, furent repérées trois séries d'ossements avec des traces discrètes de cercueil en bois. Un enfant, enfoui en partie sous le mur du chevet et un vieillard d'une soixantaine d'années édenté avec une fracture au bras. Peu d'objets entouraient les corps.
Il est donc délicat de leur donner un contexte précis d'inhumation tant les sépultures connaissent des bouleversements au cours des siècles.

Leçon d'archéologie: si ça remue sur la terre, c'est aussi vrai sous la terre, surtout pour les défunts(squelette) dont les vivants ont peu de scrupule à bouleverser les postures voir les places avec le temps. Les causes sont nombreuses: inondation, réaménagement des lieux, pillage, manque de place(7). 

Pour ne parler que des sarcophages, ceux-ci sont vidés, transférés d'un lieu vers un autre.
Le réemploi visible d'une cuve de sarcophage et de son couvercle(sur deux niveau d'assises)dans un mur à quelques mètres à gauche du portail nord est parlant.

Présence d'un fragment de sarcophage en réemploi à proximité du portail nord de la collégiale. Remarquez les différences de couleur. La cuve parait à l'envers en longueur et le couvercle, dessous, disposé sur un flanc avec  un arrondi ou une sorte de bâtière à droite pour le toit.
Il n'est pas rare qu'ils terminent leurs existences comme abreuvoirs ou bac à fleurs à la surface.

Un rapport réalisé autour de  1860 par Hippolyte Crozes est édifiant à cet égard. 
Lors de l'aménagement de la rue Mariès, il fallut niveler. On décaissa alors le sol sur plusieurs mètres. Au nord de Saint-Salvi, les ouvriers mirent au jour un vaste cimetière. Plutôt devrions nous écrire plusieurs générations de cimetières avec des modes d'inhumation variés:
linceuls dans  des coffres en bois, caveaux collectifs, cercueils de pierre, sarcophages en grès avec logettes céphaliques.

Hélas, comme souvent pour les fouilles des pionniers de l'archéologie le flou de la description, la faible quantité d'objets récupérés ne permettent pas d'écrire véritablement l'histoire du lieu.

Tout juste peut-on de brosser quelques lignes générales sur son évolution à l'échelle d'un temps très long. 

Au final

Il ne fait pas de doute qu'il y eu une nécropole depuis l'Antiquité. Puis un cimetière bien antérieur à la construction de Sainte-Martiane et de Saint-Salvi en tout cas. 

Paroissial à partir du XIIIe où le cimetière est divisé pour la première fois en deux entités  distinctes celle de Sainte-Martiane et celle de Saint-Salvi. Il est désaffecté au XVIIIe siècle comme le cas est fréquent.

Sous la terre grise, une terre argileuse jaune identifiée en d'autres points de la ville qui correspond plutôt à la période gallo-romaine. On y découvrit de la vaisselle de Montans et de la céramique produite à Albi même à la période romaine. Ce qui révèle un intérêt certain.

Une petite coupe en bon état de conservation a été extraite du sol.

Un niveau protohistorique a aussi été décelé avant d'atteindre les graves. 

Pour terminer, il est à signaler la présence d'un mur très ancien, parallèle à l'abside, dont on ignore la fonction précise.

Voilà donc ce que l'on peut dire sur les côtés nord et est du lieu. 


Pour vous donner une idée générale des lieux rien de tel que ce petit livre: La collégiale Saint-Salvi


Notes

(1)Difficile de déterminer la chronologie exacte des travaux.
(2)Il appartient à la cohorte nombreuse des saints issus des élites dirigeantes. Ils ont vécu une jeunesse dorée avant de se retirer à la tête d'un monastère. 
(3)Plo signifie colline en occitan.
(4)Coustou: le raidillon en occitan.
(5)Déjà à la fin du XIe siècle, on voit les chanoines aller jusqu'à Rabastens exiger à ce que les droits de la communauté soient respectés ... avec le Saint en "Majesté".  Une autre statue de Saint Salvi remontant au XIVe siècle a aussi été volé à une époque récente.
(6)Vers Cunac, le lieu probable est identifié.
(7) C'est surtout vrai à partir du VIe siècle.