samedi 2 mars 2019

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mardi 26 février 2019

Dans le cadre des conférences du CAPA, veuillez noter. C'est pour bientôt.









jeudi 24 janvier 2019

L'homme de Néandertal redécouvert

L'homme qui jouait avec les stalactites


C'est la célèbre grotte de Bruniquel - bientôt classée à l'inventaire des Monuments Historiques - qui fut à l'ordre du jour de la sortie du samedi 19 janvier. Nos amis Denise et Michel Soulier nous servirent de guides. Leur volonté de transmettre force le respect. Après deux heures de visite, nous voilà devant un bien étrange monument.


Un mystérieux dispositif au fond de la grotte. Dessin d'Éric Le Brun - elebrun.canalblog.com Source: Archéologia, n° 545(2016)

La cavité perce les calcaires surmontant l'Aveyron. Longue de plus de 400 mètres, elle forme une vaste galerie oblongue quasi parallèle à la vallée. Son entrée d'origine aujourd'hui obstruée oblige à maintes contorsions. Deux passages très étroits et des cônes d'éboulis rendent l’accès compliqué. Pas de quoi décourager les plus motivés pour autant.

Ensuite, la progression est plus facile. Elle se déroule entre deux ficelles tendues afin d'éviter les piétinements. Les sols en argile sont, le plus souvent, encore vierges et recèlent des traces précieuses.
C'est une suite de petits lacs d'eau claire parsemés de calcite flottante en pellicule légère, de draperies translucides, de sublimes plafonds hérissés de fistuleuses, de colonnes de stalactites quelquefois rougies par l'oxyde de fer.
C'est aussi le lieu de dizaines d'anciennes bauges à ours. Des pans de parois sont lacérés par des griffades et ce jusqu'à plus de deux mètres de haut.

Griffade de plantigrade. Photo Michel Soulier
Trace de plantigrade. Photo Michel Soulier


Une architecture spectaculaire loin de la lumière du jour

Mais le plus intéressant est ailleurs. En cette grotte, il y a une trentaine d'années, les membres de la Société spéléologique de Caussade découvrent des accumulations de concrétions de forme circulaire à plus de trois cents mètres de l’entrée. Notre guide, Michel Soulier, et le préhistorien François Rouzaud établissent alors le premier plan précis des lieux. À cette occasion un os d'ours brûlé est daté. Première surprise : le résultat obtenu nous emmène autour de - 47 000 ans. Autrement dit, au plus loin que le carbone 14 puisse dater.


À cette période, seul l'homme de Néandertal est présent dans la région. La communauté scientifique déstabilisée est sceptique devant le résultat. Et puis une autre découverte focalise l'attention : celle de la grotte Chauvet. Avec le décès de François Rouzaud, le site tombe dans un profond sommeil.

Néandertal à la conquête des entrailles de la terre



Il faut attendre 2013 pour que Jacques Jaubert, de l'université de Bordeaux, et une équipe reprennent l'étude avec le résultat retentissant de nouvelles datations. 

L'accumulation observée depuis des années s'avère bel et bien une construction édifiée en stalactites. Elle peut se résumer à deux ellipses tangentes (A et B) et quatre autres structures moins évidentes (C, D, E et F). La longueur des concrétions est calibrée autour d'une trentaine de centimètres. Autant de signes qu'elles ont bien été choisies, sélectionnées parmi d’autres. Il y a l’embarras du choix dans la grotte.


Relevé de la structure. La recherche, n° 521 (2017)


Les parois des deux ellipses sont constituées d'une à quatre rangées de stalactites. De ci, de là, elles sont placées presque verticalement. Cinq grandes stalagmites appuyées contre le cercle extérieur de la construction ont pu avoir un rôle d'étai, tandis que des petites stalagmites renversées vers le bas servent de cales pour tenir l'édifice.

Le dispositif montre une démarche de véritable architecte. Des traces de feu (“points de chauffe”) sont présentes dans les six structures. Imaginer que des rites et des cérémonies s'y soient déroulés est légitime. En tout cas, plusieurs tonnes de matériaux ont été déplacés. Un système d'éclairage a été mis en place.

On retrouve des types d'aménagement similaires dans d'autres grottes comme celles de Chauvet, d'Enlène, des Trois Frères, de La Grama en Espagne mais toutes sont attribuées à l'homme de Cro-Magnon, à l'homo sapiens. 

La grotte de Bruniquel tranche avec celles-ci car la datation des concrétions révèle un âge proche de 176 500 ans ! Il s'agit de l’œuvre de Néandertaliens, et même de Néandertaliens précoces puisque la forme classique de cette espèce du genre “homo” n'apparaît vraiment qu'à 150 000 ans. Cent soixante-seize milles ans, et le résultat est difficilement contestable. La datation uranium-thorium employée par l'équipe fait actuellement référence partout. 

Les perspectives sont énormes. Il y en aura pour tout le monde. Tandis que la grotte est scannée en 3D, il faut noter le passage d'un paléoichnologue (spécialiste des traces), géologue, préhistorien, spéléologue. Autant dire, la cavité est loin d'avoir livrée tous ses secrets. Par chance, la fièvre de la découverte passée, l'équipe de Michel Soulier a su préserver la fragilité de la cavité. Elle constitue aujourd'hui un potentiel d'études remarquables.


Néandertal était aussi un artiste



Preuve est faite que les Néandertaliens s'aventurent dans les grotte au plus profond de la terre. Cela n'allait pas de soit il y a quelques années.

"L'absence de toute trace de préoccupation esthétique ou morale s'accorde bien avec l'aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse où les fonctions végétatives et bestiales prédominent sur les fonctions cérébrales" écrivait Marcellin Boule, anthropologue français. Nous étions au début du XXᵉ siècle.


En 120 ans de recherche, la vision de l’homme de Néandertal à l'anatomie si particulière a bien changé. Ce Quasimodo brutal primitif est devenu presque un artiste. Déjà les abondantes traces matérielles (souvent des outils) laissées durant sa longue histoire démontrent des activités intellectuelles variées et élaborées. Taillé certes pour affronter les environnement les plus hostiles, Néandertal enterre ses morts, joue de la flûte, aime les couleurs et ne mange pas que de la viande. De quoi éroder plus d'un cliché.

Avec la grotte de Bruniquel, il gagne définitivement une conscience symbolique.


dimanche 16 décembre 2018

L'aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

Ce que raconte l'aven Mauray

 
L'aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.

Autant le dire, le lieu revêt aujourd'hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d'une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l'endroit est pentu. À vrai dire, sans l'aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l'alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n'étaient pas récents. C'était à cet endroit qu'il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d'un vallon, l'entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d'une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C'est du domaine du probable au vu d'autres cas semblables.

L'intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l'aven a subi une intense fréquentation.
Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l'intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d'une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l'aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.


Chambre sépulcrale latérale.

L'aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.


Un éboulis soudé par la calcite

Les os brisés d'au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en "mikado",  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n'est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.

Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d'accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 


Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d'une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971
Des pendeloques d'origines diverses : dent d'ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 
Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


 
Canine d'ours perforée. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


 
Plaque en calcite perforée. Dessin de Jean Lautier dans la "Revue du Tarn" n° 61 de 1971


Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.


 
La pièce est aujourd'hui au Musée Toulouse Lautrec


 Et la guerre fût...

C'est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l'éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l'archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l'aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L'individu aurait été, pour ainsi dire "fléché", à bout portant alors qu'il était étendu au sol. Ce sont les résultats d'une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l'aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final

On sait que l'installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l'émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d'ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 

Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l'aven appartiennent plutôt à la culture dite "vérazienne" mais l'absence de poterie complique la chronologie.

D'autres avens bouchés ou non, à proximité de l'aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d'affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n'est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l'émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l'effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.

Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.


Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L'ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d'Archéologie du Tarn)