mardi 12 décembre 2017

A Saint-Grégoire, des mines de fer ressuscitées après 2 000 ans d'existence



   Deux mots à propos d'une découverte minière

 Sortie du dimanche 1ᵉ octobre

 
On connaissait l'étendue de la présence des mines de fer, bien éclairée par Marie-Pierre Cousture et son équipe de chercheurs. Dans son travail, une part belle est accordée à l'Ambialades, aux Monts d'Alban, au Lacaunais aussi. Au fil du temps, la carte des gisements anciens exploités connus et moins connus s'est étoffée. Elle est désormais très riche.

Les proches alentours d'Albi, en revanche, restent fort mal connus. Faute de recherche, faute de la présence d'aménagements récents, destructeurs des sites, il était difficile d'y voir clair dans la vallée du Tarn au niveau d'Arthès et Saint-Juéry. Pourtant, l'existence de mines est plus que probable au Moyen Âge et même avant vu l'existence de filons connus ⁽¹. La preuve, la voici.


Des déblais d'exploitation  par centaines de tonnes  descendent presque sur la route qui longe le Tarn. On remarquera qu'aucune plante n'a repoussé sur ce qui fait immanquablement penser à des terrils. 
À fleur de terre, le minerai non sélectionné en petits morceaux concassées.

Métallurgie extractive : un paysage bien caractéristique


Nous sommes sur la rive droite du Tarn



La découverte du site est due à la sagacité de notre amie Christine Ferrière qui affirmait avoir repéré de la "loupe" de fer et des amphores. Elle nous fit part de ses certitudes.



Nous nous rendîmes sur les lieux. Le chemin qui monte au hameau de Lacalm porte de nombreux débris d'amphores. On en trouve aussi dans les chablis. Fragments d'amphores de type Dressel 1 comme plus en amont à proximité des sites miniers : "Trou des Anglais", à Baudasser, à La Ferrandié où les traces gallo-romaines ne manquent pas.



En contrebas, sur les pentes à nue, une immense auréole de déblais entoure plusieurs fosses creusées encore bien perceptibles dans le paysage et, plus spectaculairement, encore : des départs de galeries.



Trou de mine, type puits

Départ de galerie. Rien à craindre, celle-ci est colmatée au bout de trois mètres par des remblais. La présence du fer associé à des filons quartzeux est visible dans la roche. Des prélèvements sont possibles.
La présence d'amphores sur le site laisse peu de doute planer sur l'âge vénérable du lieu d'extraction. Reste à trouver des traces de fours. Si nous sommes sûr d'une activité d'extraction, nous n'avons pas rencontré d'indices de transformation du fer comme des scories ou des parois de four. Pour l'instant...


La proximité du Tarn, à quelques cent mètres, laisse penser à son utilisation pour le transport et /ou pour le travail du métal.


En outre, la présence guère éloignée du château de La Bastide-des-Vassals peut-elle être en lien avec ces gisements exploités? Ce n'est pas impossible. L'avenir nous le dira. Toute une histoire reste à écrire. Celle de l'exploitation de ces mines dans le temps, celle de leur abandon par la même occasion.



Notes
(1) - La présence d'un signalement sur la carte géologique comme dans le cas présent manque de repérage clair de terrain.

samedi 11 novembre 2017

L'amphi de Rascol fait le plein

Conférence du CAPA au lycée Rascol


Réussite franche et complète hier soir de la deuxième conférence de Yann sur l'Albigeois juste avant l'an Mil. Cent cinq personnes était réunies pour écouter Yann évoquer cette période et Balian nous présenter les armes typiques: francisque, scramasaxe, doloire... Un grand merci à tous les deux, vraiment.


Une salle studieuse et attentive.


Balian, le forgeron, décris et utilise les armes en question.

mercredi 8 novembre 2017

Promenade pennole

Promenade pennole
Les ruines d'un hameau, plus une grotte

Mercredi 23  août 2017


Secteur Tarn

Commune : Penne

Météo : lumineuse

Participants : Bernard, Dominique, Christophe, Louis, Franck et Charlette

Site visité : Ferme et aven de Lautanel, puis la grotte de Bussières

Voiture : Christophe et Bernard


De triste mémoire: le mas de Lautanel 

Le hameau de Lautanel à Penne. État de 1839 sur le cadastre. Après cette date il y eu une extension du domaine bâti, puis une désertion pour des raisons inconnues avant même la deuxième guerre. Notez la présence de la "fontaine" en haut à gauche, entourée en rouge. Certains bâtiments sont désormais quasi invisibles sur les parcelles 58, 61 78 au nord. Source: Archives départementale du Tarn
Le lieu isolé sur le causse de la Garrigue prend la forme d'un mas ouvert ⁽¹⁾. Là, s'étalent les ruines d'une dizaine de bâtiments. Sans entretien, ils s'acheminent vers une disparition progressive. Bergerie, pigeonnier, porcherie, écurie côtoient le logis. Pour peu qu'on y prête attention, le mas a connu des développements au cours du XIXe et du début du XXe siècles avant d'être abandonné pour des raisons inconnues. En témoigne le cadastre napoléonien.

Les murs, en moellons calcaire plats tirés des carrières ou de l'épierrement des champs alentours, donnent une belle unité à l'ensemble. 

Faire avec les moyens du bord ⁽²⁾ : une bergerie

La plus à l'ouest de tous les bâtiments, la bergerie en pierres sèches, semble avoir été bâtie en deux temps. D'abord un édifice simple orienté SW/NE avec une ouverture à l'ouest (état 1839) auquel s'est ajoutée une extension orientée SE/NW encore en excellent état aujourd'hui. Est-ce un cellier ? 


La partie ancienne est celle que nous avons la mieux observée. Son toit n'est plus de ce monde. Elle présente une entrée avec deux linteaux monolithes accolés, d'une belle longueur. Ils repose sur quatre piédroits eux aussi monolithes. La hauteur des murs mesure deux mètres trente pour cinquante centimètres d'épaisseur. À l'intérieur, des niches fermées par des lauzes d'un bloc dont nous ignorons la fonction exacte. Les pierres d'angle sont massives et ne montrent aucun souci d'esthétique. Il n'y a pas de trace de voûtement à l'intérieur. C'est le domaine des animaux.


Une architecture tout ce qu'il y a de fruste sans mortier mais adaptée, rappelant celle des cabanes du Lubéron, appelées bories. Remarquez un bloc monolithe tabulaire à l'utilisation énigmatique sur la gauche.
Niche ou fenestron à l'intérieur de la bergerie. Remarquez le linteau en bois écrasé dans la partie haute. La lauze peut être enlevée et remise à volonté assez facilement. C'est parfois une tuile qui sert ainsi de "volet".

Décroché du toit. Il n'est pas interdit de penser que le toit fut recouvert de lauzes à l'origine


On observera le mur du parement extérieur sans assise constitué de lauzes ébauchées posées sur tranche.
Partie ajoutée adossée à la bergerie primitive. Toit en tuiles "canal". Absence de porte, côté sud. Est-ce à l'origine un cellier ? Un hangar ?
Bien sûr, de très nombreuses observations restent à faire sur cette bergerie du XIXe siècle.

Un modeste logis d'habitation  aujourd'hui effondré

L'édifice d'un bloc ouvrait à l'ouest sur le pignon par une porte de belle facture avec des pierres de taille. Elle fut bouchée. C'était un bâtiment d'habitation cette fois, de volume très modeste avec peu d'ouverture visible, juste un fenestron au dessus de la porte. 

Il y avait un deuxième niveau aujourd'hui effondré. Peut-être un grenier à fourrage. On remarque à l'intérieur les traces d'une cheminée. Une porcherie est accolée à ce bâtiment au NE. Est-ce le premier logis d'habitation avant la construction dans la grande maison ?

Vue du pignon avec porte basse et chainage d'angle.
Parement en pierre sèche de la porcherie à l'arrière de l'édifice tout aussi fruste que la bergerie.

Légèrement à l'écart, on distingue un pigeonnier-tour cylindrique. Il était déjà là en1839. Ce n'est pas impossible qu'il ait subi un tir d'artillerie vu son état: la partie SW est effondrée. Des tuiles "canal" jonchent le sol. Des traces d'enduit sont visibles.


Ce qu'il reste encore du pigeonnier, sa portion nord. On remarque le larmier, la corniche ceinturant le haut du bâtiment.

Des traces d'enduit à l'intérieur de la volière. Des étages. La charpente s'est effondrée. Ne subsistera de l'édifice bientôt plus grand chose.

 Les bâtiments principaux d'habitation

Le grand ensemble à étages menace effondrement et il est dangereux de s'y aventurer tant l'état de dégradation est avancé. Le bâtiment dessine en plan un rectangle auquel se sont rajouté des parties annexes. Difficile d'interpréter leur fonction exacte. Il compte des fenêtres et des pierres scellées au mortier à la différence des autres édifices. Il comporte aussi des briques. À l'arrière du bâtiment, on reconnait des écuries et un appenti ainsi qu'une citerne bâtie de récupération des eaux pluviales. Une portion est couverte de grafiti pas forcément très récents.

Des traces d'incendie sont visibles.


Cléopâtre 1948. Paul 1965. Le mur aux graffiti.
 
Détail de la façade du bâtiment principal avec une vraie fenêtre sur la droite. Piedroits en brique.

 
Bassin pour le lavage sur la gauche en entrant dans un angle.


 
Un état de dégradation très avancé. Il n'est pas interdit de penser que cette brèche soit le fruit d'un obus de mortier d'ailleurs.

 
Traces d'incendie sur une poutre porteuse. Plancher et solives se sont effondrées.


Vue de la citerne
La guerre

Déjà abandonné à l'époque, Lautanel comme Bouriette, un peu plus loin, furent des hauts lieux de la Résistance régionale. Tragique, si l'en est. C'est là qu'au début du printemps 1944, une attaque surprise de la Wehrmacht (l'armée allemande) mis fin à l'aventure du Maquis d'Ornano formé en octobre 1943 par des réfractaires au STO. Suite à une probable dénonciation, les Allemands firent irruption sur le Causse pendant un parachutage. Ils incendièrent les fermes après les avoir bombardées aux mortiers et surtout fusillèrent de jeunes résistants. Depuis un Mémorial rappelle le destin tragique des maquisards.

"La fontaine" de la doline servi de cachette

A l'ouest des bâtiment, il existe ce que le cadastre napoléonien a dénommé "fontaine".
En fait, un aven. On y pénètre assez difficilement(3) par une diaclase qui fut aménagée en escalier. Rien à l'extérieur ne marque la présence des lieux.

L'escalier constitué de dalles en cours d'effondrement pour pénétrer dans la fontaine.
Le CAPA dans l'aven.
A l'intérieur, un gour a été aménagé pour constituer une réserve d'eau. Il était à sec le jour de notre passage.

Bassin de la fontaine avec "ban" retaillé dans la roche calcique.

Il est raconté que "la fontaine" servait de cache d'armes et qu'on y rangea des "papiers". Elle servit probablement de refuge et de cachette durant la dernière guerre.

La grotte de Bussières: un observatoire sur la vallée de l'Aveyron

Nous nous rendons ensuite au-dessus du hameau de Couyrac.

Dix bonnes minutes, c'est le temps qu'il nous a fallu pour grimper jusqu'à la grotte à partir de la route. Après une pente raide dans un maquis de buis dévasté par la pyrale, on trace son chemin comme on peut au pied de la paroi. Un porche finit par apparaitre au moment où la piste s'achève, une centaine de mètres au dessus de la rivière, derrière un éperon. 

Cette grotte aurait servi de cachette pour les juifs durant la guerre ou avant. L'information reste à vérifier bien sûr. 

Elle consiste en une galerie rectiligne avec une voûte en hanse de panier. Elle s'enfonce de 50 mètres et termine par une diaclase qui dévoile deux branches. L'une est envahie par un comblement d'argile, l'autre, au sud, s'arrête net.

Une fouille a eu lieu à l'entrée(4) et la petite terrasse témoigne aussi de la présence de matériel lithique ramené. Son relatif éloignement de la rivière semble la desservir mais il y a fort à parier qu'elle fut fréquentée à des époques variées.

Quelques traits sur les parois interrogent tout comme des formations calciques en boules lustrées. Jusqu'à quel point l'une d'elles n'a pas été remodelé pour donner l'impression d'une forme.
Combien de visages ou d'animaux ont habillé ces roches ? Et de quelle façon? Par qui? Quand ? Combien de masques presque aussitôt effacés. 


Formation calcaire investie par l'imagination des hommes. Difficile aujourd'hui d'y voir quelque chose tant le relief semble avoir été travaillé.


Griffures discrète sur la paroi


Beau panorama de la terrasse devant la grotte de Bussières

Notes

(1) - Sans réelle cour. 

(2) - On se réfère au vocabulaire de Christian Lassure et Dominique Repérant, Cabanes en pierre sèche de France, Édisud, 2004. Manuel indispensable pour qui veut comprendre les architectures en pierre séche modernes et contemporaines.

(3)- Difficile d'y introduire des bêtes. 

(4)- Peut être celle de Bessac.