dimanche 2 juillet 2017

Parlons de la maison Fenasse à Albi

La maison Fenasse

Un article de Yann ROQUES


Il y a quelques semaines à la suite du buzz sur la plus vieille maison d'Aveyron, j'ai proposé à l'Office de Tourisme d'Albi de faire connaître la maison Fenasse, superbe demeure du XIIe siècle. L'Office a accepté et nous avons alors lancé l'opération de communication. 

"Maison de Jeanne", Séverac-le-Château, à l'est de Rodez dans l'Aveyron, un bâtiment attribué au XIVe siècle
Je me suis occupé de l'historique du bâtiment et Julien, de l'Office de Tourisme, a renseigné des journalistes. Nous sommes passés à l'antenne de France 3 Région, au Journal d'Ici et nous avons fait la Une de La Dépêche



Voilà pour l'introduction du projet, venons-en au fait. 



Cette maison appelée "maison Fenasse" date du XIIe siècle. Elle est l'un des rares bâtiments civils de la période romane pour l'Occitanie (il n' y en a que deux dans le Tarn avec le pavillon d'Azalaïs à Burlats).


Entre la rue des foissants et la Rue Saint-Étienne, la maison Fenasse.

Cette construction présente un caractère monumental sous les traits d’une vaste demeure bourgeoise (19 x 23 mètres). Elle occupe trois parcelles de l’actuel plan cadastral. Bien que remaniée en brique au cours des siècles, elle témoigne de l’utilisation de la pierre calcaire en Albigeois à la période romane, pour des édifices de qualité.

Sur cet édifice, l'utilisation de la brique, d'un usage courant dans notre région à partir de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle, montre des reprises en sous-œuvre qui sont à porter au crédit des compagnons de l'époque. Ce sont des exemples évidents de leur maîtrise dans l'art de construire.


À l’intersection de deux rues, le bâtiment comportait trois étages avec un niveau supérieur à colombages. La façade la plus importante, sur la rue Saint-Étienne, témoigne d’un souci décoratif : le rez-de-chaussée se compose de deux grandes arcades, l’une en brique et l’autre en pierre, aujourd’hui partiellement murées. Ces deux arcs étaient probablement tous deux en pierre à l’époque médiévale et s’ouvraient sur un espace commercial (boutique ou atelier) donnant sur la rue Saint-Étienne, alors artère commerciale importante. Il faut rappeler que l'on entrait dans la cité par la Porte du Tarn et la rue de la Grand Côte. 

À l’étage, la baie romane qui subsiste témoigne d’un certain luxe. Elle appartenait à une série de baies qui éclairaient la pièce principale d’habitation, l’aula, et qui étaient reliées entre elles par un cordon mouluré. Cette baie comprend une large voussure amortie en boudin et en bandeau, qui fait apparaître les vides laissés par des éléments sculptés aujourd’hui disparus. 



L’archivolte comporte une moulure biseautée, ornée de palmettes et de rinceaux. Deux colonnettes à chapiteaux et bases attiques supportent l’arc en plein cintre. Le soin accordé au décor de cette partie de l’édifice traduit une volonté certaine de magnifier la puissance et la richesse du propriétaire. 

Baie romane au premier étage de l'hôtel particulier

À l’inverse, la partie qui s’ouvre rue des Foissants se caractérise par la sobriété du décor. La seule ouverture conservée, une porte donnant sur une artère secondaire, n’a reçu aucun soin particulier. Cette demeure répond à un type de “maison polyvalente” conçue pour répondre aux deux fonctions dominantes : résidentielle et professionnelle. 

La maison romane ou hôtel de Fenasse est un exemple des belles demeures du quartier des Combes et des berges du Tarn. La plupart des habitations de ce quartier, qu’elles soient en pierre comme la maison romane ou à pans de bois, font preuve d’une certaine opulence, car elles se dressaient sur des axes essentiels de la cité telles la rue de la Grand’Côte ou la rue Saint-Étienne.

Photographie de 1900 ou l'on voit la maison Fenasse avec la rue des Foissants à droite.



Ces rues, situées au débouché du Pont-vieux, seuls accès à la rive droite du Tarn, desservaient le centre commercial de la cité, en menant vers les couverts de l’ancienne place de la Pile, vers Sainte-Cécile et Saint-Salvi. 

Cet hôtel, de qualité exceptionnelle, appartenait à la famille Fenasse. Vers 1300, Guilhem Fenasse est le plus riche financier et usurier d'Albi. L'Inquisition le condamne pour hérésie et ce tribunal ecclésiastique confisque sa demeure au profit du frère de l'évêque d'Albi Béraud de Fargues, neveu du pape Clément V ! 

La propriétaire de la maison Fenasse nous a fait parvenir cette photo de 1900 ou l'on voit encore la rue des Foissants, détruite quelques années plus tard lors de la construction du marché couvert.

Nous sommes tous encore imprégnés par l'atmosphère médiévale de ce quartier particulier. 




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